ENTRETIEN AVEC Patrick Vernay, Calédonien, ancien triathlète professionnel, vainqueur de 9 Ironmans
Absent des courses depuis les Jeux du Pacifique il y a onze mois aux Samoa, où il avait décroché la médaille de bronze, « l’homme de fer » a soigné une blessure à un genou. Il devrait faire son retour sur les prochains triathlons et s’investit dans un nouveau club d’athlétisme.

Patrick Vernay, 46 ans, est professeur d’éducation physique et sportive (EPS). Photo archives LNC

Les Nouvelles calédoniennes : On ne vous a pas beaucoup vu sur les courses ces derniers temps, où en êtes-vous ?

Je n’ai plus couru depuis les Jeux du Pacifique, qui étaient assez ratés. J’étais tout de même content d’avoir décroché la médaille de bronze, mais j’aurai pu mieux faire car ce n’était pas le très haut niveau. Après, j’ai baissé un peu la cadence, car j’avais une blessure régulière à un mollet. Je préparais tout de même le semi-marathon de Nouméa, mais j’ai ressenti une douleur à un genou. Je ne savais pas ce que c’était, j’ai galéré plusieurs mois avec ça, et en faisant une IRM on a constaté qu’un kyste s’était formé sous mon genou et que j’avais une lésion à un ménisque. Je me suis donc fait opérer le 5 mars et on m’a enlevé une petite languette de ménisque. Le kyste est toujours là, c’est long, mais j’arrive à courir.

Globalement, vous avez la forme, non ?

Je suis loin de mon niveau en course à pied, mais en natation et à vélo ça va bien. J’avais même en tête de préparer le triathlon de Nouméa, mais je ne sais finalement pas s’il pourra avoir lieu. En tout cas, j’ai pu trouver un vélo de chrono, ce que je n’utilisais plus depuis mon arrêt en 2011. Ce qui m’a permis de voir une belle différence et je pense encore pouvoir passer sous l’heure sur 40 kilomètres et faire moins de 1 h 55 sur un triathlon au format olympique (750 m de nage, 40 km à vélo et 10 km à pied). Désormais, il faut que les épreuves reprennent. Je vais sans doute commencer par l’aquathlon de Nouré, début juillet (le 4). Ce sera un bon test pour mon genou car avec 750 mètres de nage et 5 kilomètres de course, ça n’est pas très long. Et ensuite, j’enchaînerai.

On ne vous verra donc pas le 20 juin sur le Chronodore ?

Je trouve dommage que la formule ait changé. Maintenant, il faut obligatoirement une fille dans chaque équipe, et elles sont peu à faire du triathlon ici… Ça aurait été sympa de venir et c’est une bonne épreuve, mais avec ce nouveau format, tout dépendra de la fille. Et le classement est déjà joué d’avance, puisque c’est l’équipe de Charlotte Robin qui va gagner. Chez les filles, aucune n’est capable de tenir les roues aussi bien qu’elle.

Comment vous entraînez-vous ?

En ce moment, je suis en vacances donc j’en profite. Mes enfants ont grandi aussi… De toute façon, j’ai besoin d’avoir mon sport, c’est une drogue. Si je ne fais pas douze heures par semaine, je me sens mal dans ma peau, d’autant plus que je suis un gros mangeur ! Actuellement, je dois être à quinze heures par semaine, avec 400 kilomètres de vélo, ce qui est déjà énorme. Je vais avoir 47 ans cette année, et la trentaine d’Ironmans que j’ai pu faire a laissé des traces. Mais je garde l’espoir de figurer dans le haut des classements. J’ai cette petite satisfaction de ne jamais avoir été battu sur les triathlons calédoniens.

Pas une fois ?

Avant qu’il n’arrête, Audric Lucini aurait pu, en 2012, 2013 ou 2014, mais j’avais coupé. Et Mathieu Szalamacha, une fois sur le triathlon de Nouméa il avait fait une super course, mais je l’ai battu sur la ligne, d’un rien. J’ai donc encore ce petit challenge de rester devant, encore.

Au-delà du triathlon, avez-vous d’autres objectifs ?

J’aimerais bien refaire des raids, si le genou le permet. Le médecin m’a dit que je vais pouvoir recourir comme avant, donc ça devrait être bon. Il y a le XTerra, où j’ai fait 4e l’an passé derrière des costauds, le XDeva aussi (un cross-triathlon). Et cela pourrait être intéressant de faire l’épreuve d’une semaine qui remplacera le Tour cycliste de Calédonie, avec des locaux. J’ai bien repris le vélo, je suis assez costaud donc, si on me demande, ça peut être sympa.

Peut-on vous revoir un jour sur une longue distance ?

Si celui de Poé, que Benoit Beukels a organisé l’an dernier, avait été reconduit, je l’aurai fait. C’est ma distance, je l’aime bien. En revanche, à l’international je ne sais pas. Cela demande de l’investissement, j’ai des enfants… Et ma femme ne concéderait pas que je m’entraîne 40 heures par semaine, donc je ne pourrais pas être à 100 %. Si c’est envisageable, ce serait plutôt à la retraite pour tenter d’aller gagner dans ma catégorie d’âge.

Suivez toujours le développement de votre discipline ?

Je regarde les temps qui sont réalisés aujourd’hui sur les Ironmans. Je ne suis pas impressionné par les chronos en course à pied ou en natation, mais à vélo, oui… Je prendrais « un tir » si j’y étais ! J’ai donc étudié la chose, car je me posais des questions sur le dopage, mais j’ai découvert quelque chose de très sympa. Un Français n’est pas mauvais en Ironman, Antony Costes, et il est à fond sur la biomécanique : il fait des essais en soufflerie, il bosse sur son matos… Il a notamment changé son dérailleur pour réduire le frottement de la chaîne. Ce qui lui permet de gagner en puissance. Sur 180 kilomètres, cela représente une amélioration d’un quart d’heure. Donc je constate que, si les triathlètes ne sont pas forcément beaucoup plus forts, le matériel a beaucoup évolué. C’est passionnant.

Vous êtes déjà professeur d’EPS. Devenir entraîneur pourrait vous intéresser ?

En Calédonie, c’est s’entraîner à vélo qui est difficile. Quand on est sur la route on se fait pousser, raser par les voitures et crier dessus, et lorsqu’on est sur la piste cyclable, on croise des piétons, des chiens sans laisse, des gens qui roulent au milieu… Il y a un vrai manque de civisme, le casque n’est pas obligatoire et c’est dommage car elle est plutôt bien faite cette piste ! Mais pour répondre à la question, mettre des enfants au triathlon, ça fait un peu peur. Car pour s’entraîner, il faut pouvoir aller rouler un minimum. En revanche, avec des copains, nous venons de monter un nouveau club d’athlétisme, Track’nc, qui vient de sortir.

Quel est ce projet ?

L’athlétisme chute énormément. Il n’y a presque plus de courses hors stade et il y a de moins en moins de monde. Avec Hugues Davy, le président de l’UNSS, mais aussi le décathlonien Florian Geffrouais ou le lanceur Erwan Cassier, on va proposer de tout : pour les jeunes, les seniors, le sport santé… Avec de la course en stade, hors stade, du trail, de la marche nordique… On veut y aller progressivement, ne pas griller les gamins, donner des conseils, faire quelque chose de convivial, apporter nos compétences… On y croit, le truc est construit. Ça faisait longtemps que je voulais m’investir, car la vie de sportif de haut niveau est un peu égoïste : tu passes tout ton temps à t’entraîner. Je n’ai jamais eu l’occasion de donner beaucoup de mon temps. C’est vrai que j’aurais pu faire quelque chose avec le triathlon, qui reste mon sport, mais je ne suis pas persuadé qu’il ait des débouchés sur le territoire. Les jeunes viennent de moins en moins, ça demande du temps et ils arrêtent au lycée…

La relève n’est donc pas près d’arriver ?

Il ne m’a pas encore battu mais je pense que Julien Lopez, qui était aux Jeux du Pacifique, devrait devenir le meilleur du territoire d’ici quelque temps. Il y a aussi Mathieu Szalamacha, mais il est un peu en dedans depuis quelques années. Et le petit Hugo Roche, lui, il est bon. Je ne sais pas où il en est. Son point faible reste le vélo, ça demande du temps et pour faire des bornes ce n’est pas évident. Mais ça pourrait être un bon futur atout pour les Jeux du Pacifique.

A propos des Jeux, est-ce envisageable de vous voir en 2023 aux Salomon ?

C’est une excellente ambiance, qui permet de découvrir un peu de paysages. Mes premiers Jeux étaient en 1995 à Tahiti, donc si je fais des Jeux en 2023, ça fera près de trente ans d’écart… Après, pourquoi pas, mais si des jeunes ont le niveau, place aux jeunes ! J’y suis allé la dernière fois car il n’y avait personne. Mais si un jeune peut avoir cette opportunité de sortir du territoire et de se confronter un petit peu, je laisse ma place. Cette compétition permet de mettre un pied à l’étrier, de forger le caractère compétitif du gamin.

Combien de temps allez-vous continuer ?

Autant que la forme sera là. Et comme je suis dans l’enseignement, j’aime bien l’idée de servir d’exemple aux jeunes, de donner une bonne image du professeur d’EPS et de montrer que le sport conserve, que c’est bon pour la santé.

Propos recueillis parWaldemar de Laage | Crée le 13.06.2020 à 04h25 | Mis à jour le 13.06.2020 à 04h25

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